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Publié par la cgtr

Travailleurs, artisans et opinion publique ont « droit à un discours de vérité » sur le BTP

Monsieur Siriex a raison :

Travailleurs, artisans et opinion publique ont « droit à un discours de vérité » sur le BTP

Pas pour son coup de force, avec zéro augmentation pour 2016, bien sûr ! Mais, il faut le reconnaitre: le patron des patrons du BTP n’a pas tort lorsqu’il réclame, dans une tribune parues dans la presse, « le droit à un discours de vérité » dans son secteur d’activité. (JIR et Le Quotidien du 7 mars 2015)

Président de la puissante organisation patronale FRBTP (Fédération de la Réunion du BTP) membre du MEDEF, par ailleurs grand patron des cimentiers de la Réunion (cette « duopole » dont parlait la FRBTP avant qu’il soit placé à sa tête) est particulièrement bien placé pour fournir tous les éléments nécessaires et ainsi, faire toute la lumière sur ce secteur d’activité. Pour les travailleurs du BTP et leurs syndicats, qui sont actuellement en NAO, bien sûr, mais également pour les artisans et petites entreprises dont il se fait le défenseur, et pour l’opinion d’une manière générale. Tout ce monde, bien sûr, a « droit à un discours de vérité » de sa part.

Nul doute donc qu’il se fera un plaisir, voire un devoir, de répondre aux multiples questions que chacun se pose.

A tout seigneur tout honneur, et donc au cimentier tout d’abord.

  • M. le Président peut-il nous dire où en est cette fameuse « duopole », composée des sociétés Lafarge et Holcim, dont parlait ses prédécesseurs ? Maintenant que Holcim a repris Lafarge, peut-il nous garantir qu’il n’y a plus de « duopole » ? Et que la nouvelle entreprise créée n’est tout simplement pas un « faux nez » des premières ? Et que « les professionnels du BTP (n’ont plus de raison de) dénonc(er) collectivement (toute) main-mise sur un matériau de base » de leur profession ?

  • Peut-il nous expliquer pourquoi le prix du ciment vendu à la Réunion par cette « duopole » était-il plus élevé de 45% par rapport à celui vendu en France. (Voir étude réalisée pour le compte de la FRBTP par la « Cellule économique du BTP de la Réunion » qu’il a en a possession). Les choses ont-elles changé depuis ? Par ailleurs, qui, in fine, profite de ce surcoût ?... Pas grand-chose, à raison d’une vingtaine à une trentaine d’euros par tonnes, une broutille qui, avec la consommation peut faire plusieurs dizaines de millions d’euros.

Question subsidiaire, peut-il nous expliquer pourquoi, ces groupes, installés à l’île Maurice vendent-ils le sac de ciment de 50kg presqu’au même prix que le sac de 25kg à la Réunion ? On pourra toujours invoquer les « normes », mais que l’on sache les bâtiments construits là-bas ne s’effondrent pas comme des châteaux de cartes aux premières pluies ou au moindre coup de vent.

Autre question subsidiaire : l’ancien ministre Victorin Lurel, grand pourfendeur des surcoûts et des monopoles ne se serait-il pas aperçu de ces « anomalies » ? Personne ne lui en aurait parlé ? (ce qui serait une atteinte à ce « droit à un discours de vérité » soit dit en passant). Ou se serait-il tout simplement défaussé ? Ne pourrait-on lui demander, armé son « bouclier qualité prix », de faire un tour chez nos cousins et comparer les prix des divers matériaux de construction ? Tous les matériaux, y compris les matériaux électriques. Sans oublier non plus le bitume.

Venons-en maintenant aux entreprises.

  • Le chiffre d’affaire du BTP a diminué ces cinq dernières années. Ils sont connus (aux alentours du milliard d’euros pour l’années 2015). On connait également le nombre d’entreprises. travaillant dans le BTP, allé lui aussi en diminuant.

Mais, le président de la FRBTP pourrait-il donner la répartition du chiffre d’affaire du BTP ?

Notamment, entre d’un côté, les cinq ou six plus grosses entreprises, les « majors » comme on dit – tout à fait par hasard, Vinci (pas seulement la SBTPC, mais la foultitude d’entreprises qu’elle a essaimée), Bouygues (pas seulement la GTOI, mais la kyrielle d’entreprises autour), , Eiffage (pareil) et, n’oublions pas … les cimentiers – et d’autre les quelque deux à trois mille entreprises artisanales et petites, voire très petites entreprises restantes ? Petite précision : sans la NRL et avec la NRL. Le président devrait avoir tous ces chiffres qui éclaireraient la situation.

  • Autre question qui aiderait à ce « droit à un discours de vérité » : lorsque la route des Tamarins a été terminée, les petites entreprises, dont M. Siriex serait un fervent défenseur, sont tombées comme des mouches. Pourrait-il nous dire leur nombre ? En n’oubliant pas le nombre de salariés envoyés au chômage, car M. le Président est, aussi, un défenseur de l’emploi. Pourrait-il, en même temps, nous dire combien des grandes entreprises, ces « majors », ayant travaillé sur ce même chantier ont « bu le bouillon » ? Et dans la foulée donner les résultats (bruts et nets) de ces mêmes entreprises ? En n’oubliant pas les cimentiers. Bien sûr !

Certains ont parlé d’une entreprise qui aurait réalisé un résultat d’une douzaine à une quinzaine de millions d’euros. Certainement à tort quand on voit le massacre des petites. Il faut mettre un terme à de tels cancans qui portent préjudice à la branche.

  • Dernière question, pour tordre le cou aux ladi-lafé qui alimentent les radios-trottoir : M. Siriex a raison lorsqu’il parle des retards de paiement, de la « programmation qui plafonne », pour ne pas dire régresse par rapport aux engagements, même lorsqu’ils sont pris sous les auspices du premier ministre.

La question est la suivante, dans cet asséchement du marché, oui ou non est-ce que les grandes entreprises – encore ces « majors » - soumissionnent et obtiennent des marchés, notamment de la réhabilitation de l’habitat, (jusqu’ici le lot des petits), et qu’ensuite, elles les sous-traitent aux artisans et petites entreprises ? Après, bien sûr, avoir retiré leur quote-part, une peccadille, de l’ordre de 20 à 30% ? Assurées, pour reprendre l’expression de M. Sériex, « qu’il se trouv(era) toujours un entrepreneur désespéré prêt à tous les rabais pour essayer de sauver sa peau ». D’autant, comme il le dit lui-même, que « beaucoup d’entrepreneurs n’ont plus rien à perdre ». Des petits et tous petits s’entend. Sans oublier les travailleurs, tout de même.

On attend ses réponses. Mais reconnaissons que ce « droit au discours de vérité » mériterait, d’être décliné dans bien d’autres domaines de l’activité économique. Il devrait interroger son collègue président du MEDEF sur la question … Avant que quelqu’un d’autre les lui pose.

En attendant, les travailleurs du BTP et leurs syndicats ont mille raison de dénoncer l’attitude patronale aux NAO. Et de se mobiliser. Il faut, si nécessaire, imposer au patronat du BTP « ce droit au discours de vérité » !

Georges-Marie Lépinay

Ancien secrétaire général de la CGTR. A la retraite.

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